Aller au contenu

Main courante ou plainte : ce qui change vraiment

La main courante date des faits et ne déclenche rien. La plainte oblige le parquet à décider. Entre les deux, il n’y a pas une nuance de vocabulaire mais deux procédures.

Par Maître Stéphanie Cohen, avocate au barreau de Paris · mis à jour le 21 octobre 2026

C’est la confusion que je rencontre le plus souvent, et elle coûte cher. Une personne vient me voir avec six mains courantes étalées sur deux ans, convaincue d’avoir signalé. Elle a daté des faits, ce qui n’est pas rien, mais elle n’a jamais saisi la justice. Pendant ce temps, aucun magistrat n’a eu le dossier entre les mains.

Ce que la main courante fait, et ce qu’elle ne fait pas

La main courante est une déclaration consignée sur un registre tenu par le commissariat ou la brigade de gendarmerie, où elle porte le nom de procès-verbal de renseignement judiciaire. Elle enregistre une date, une identité et un récit. Elle n’est pas transmise au procureur de la République, elle n’ouvre pas d’enquête, et elle n’impose aucune décision à personne.

Elle a une utilité réelle, et une seule : elle date. Un départ du domicile, une dégradation constatée, un manquement répété, une menace. Dans un contentieux familial ou devant le juge civil, cette date prend de la valeur des mois plus tard. Ce n’est pas une preuve des faits, c’est la preuve que vous les avez déclarés ce jour-là.

Elle ne convient pas lorsqu’une infraction a été commise et que vous attendez une réponse pénale. Et il faut savoir qu’une main courante peut être reclassée : si les faits déclarés paraissent constituer une infraction, l’officier de police judiciaire peut en aviser le parquet. Cela arrive, mais cela ne se commande pas, et compter dessus revient à confier son dossier au hasard.

Les trois façons de porter plainte

La première est le dépôt dans un service de police ou une unité de gendarmerie. La règle essentielle tient en une ligne : le service est tenu de recevoir la plainte, et de la transmettre au service compétent. Peu importe votre domicile, peu importe le lieu des faits. Un refus de prendre une plainte n’a aucun fondement, et il se signale au procureur.

La deuxième est la lettre au procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu de l’infraction ou du domicile de l’auteur. Elle ne nécessite aucun formalisme : l’identité et l’adresse du plaignant, le récit des faits avec les dates, les pièces, et la volonté expresse de porter plainte. Je la recommande presque toujours, pour une raison de procédure : envoyée en recommandé, elle fait courir le délai de trois mois à l’issue duquel on peut se constituer partie civile devant le juge d’instruction. Une plainte au commissariat ne donne pas toujours cette preuve de date aussi facilement.

La troisième est la voie en ligne, qui recouvre en réalité deux dispositifs distincts : la pré-plainte, qui prépare une déclaration à signer ensuite sur place, et la plainte en ligne proprement dite, étendue progressivement à de nouvelles infractions.

Ce que le dépôt en ligne ne permet pas

Le dispositif en ligne est commode et il a un périmètre. Il vise principalement les atteintes aux biens et les escroqueries, et il suppose dans sa version préparatoire que l’auteur soit inconnu. Il ne convient pas aux violences, aux atteintes aux personnes et aux situations d’urgence, qui appellent un dépôt physique avec constatations, et le cas échéant un examen médical.

Il a aussi une limite moins visible : le formulaire contraint le récit. Les cases ne laissent pas de place aux éléments de contexte qui, dans un dossier de harcèlement ou de violences répétées, font toute la qualification. Un récit chronologique précis, avec les pièces annexées, passe mal dans un champ de saisie et très bien dans une lettre au procureur.

Ce qui se passe après, et le délai de réponse

La plainte est transmise au parquet, qui dirige l’enquête. Trois issues : le classement sans suite, une alternative aux poursuites, ou la poursuite devant une juridiction. Dans le premier cas, un avis motivé doit être adressé au plaignant.

Aucun texte n’impose au parquet de décider dans un délai donné, et c’est la source de la plupart des incompréhensions. Un seul délai est utile à retenir : trois mois. Passé ce délai sans réponse à une plainte adressée au procureur, la victime peut déposer une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction, ce qui contraint à l’ouverture d’une information judiciaire.

L’autre horloge est celle de la prescription : six ans pour un délit, un an pour une contravention, vingt ans pour un crime, selon les règles de droit commun et sous réserve des régimes particuliers, notamment pour les infractions commises sur des mineurs. Elle court, le plus souvent, à compter du jour de l’infraction.

Retirer sa plainte ne met pas fin aux poursuites

C’est l’idée reçue la plus tenace, et elle est fausse. L’action publique appartient au ministère public, pas à la victime. Le retrait de plainte est une information portée au dossier : le procureur peut en tenir compte, il n’est pas tenu de s’arrêter. Dans les affaires de violences conjugales, les poursuites se poursuivent très régulièrement malgré un retrait.

Les exceptions sont rares et limitativement prévues : ce sont les infractions que la loi ne permet de poursuivre que sur plainte de la victime, comme la diffamation et l’injure envers les particuliers. Hors de ces cas, le retrait ne referme rien.

Il faut aussi savoir ce que le retrait n’efface pas : les déclarations faites, les constatations opérées et les pièces versées restent au dossier.

Quand la plainte simple ne suffit plus

Quand l’auteur est identifié, que les faits sont établis par des pièces et que la qualification est simple, la citation directe permet de saisir le tribunal sans attendre le parquet. Quand il reste à enquêter, c’est la plainte avec constitution de partie civile qui s’impose, parce qu’elle met un juge d’instruction sur le dossier.

Quand l’enquête n’a rien donné faute d’auteur identifié, la plainte contre X conserve son intérêt : elle ouvre une procédure, elle permet l’exploitation d’éléments techniques, et elle sert de base à une indemnisation devant la commission d’indemnisation des victimes d’infractions.

Ce qu’il faut retenir en une phrase : si vous voulez dater, la main courante suffit. Si vous voulez qu’une décision soit prise, il faut une plainte, et de préférence celle dont vous pouvez prouver la date.

Questions fréquentes

Celles qu'on me pose sur ce sujet.

Quelle est la différence entre une main courante et une plainte ?

La main courante est une déclaration consignée sur un registre du commissariat : elle date les faits mais n’est pas transmise au parquet et n’ouvre aucune enquête. La plainte saisit le procureur de la République, qui doit décider de la suite.

Un commissariat peut-il refuser de prendre ma plainte ?

Non. Tout service de police ou de gendarmerie est tenu de recevoir votre plainte et de la transmettre au service compétent, quel que soit le lieu des faits ou votre domicile. Un refus se signale directement au procureur de la République.

Peut-on porter plainte en ligne pour tout ?

Non. La voie en ligne vise surtout les atteintes aux biens et les escroqueries, et la pré-plainte suppose un auteur inconnu. Les violences et les atteintes aux personnes appellent un dépôt physique, avec constatations et, le cas échéant, examen médical.

Combien de temps le parquet a-t-il pour répondre à une plainte ?

Aucun texte ne lui impose de délai. Mais au-delà de trois mois sans réponse à une plainte adressée au procureur, vous pouvez déposer une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction, ce qui oblige à ouvrir une information.

Si je retire ma plainte, les poursuites s’arrêtent-elles ?

Pas automatiquement. L’action publique appartient au ministère public : le retrait est versé au dossier et le procureur peut poursuivre malgré lui. Seules de rares infractions, comme la diffamation et l’injure envers les particuliers, ne se poursuivent que sur plainte de la victime.

Cet article répond à une question posée 81 610 recherches par mois sur la grappe en France (« main courante · porter plainte · dépôt de plainte en ligne »). Il expose le droit commun et ne remplace pas l'examen de votre dossier.

Tous les articles

Me contacter

Exposez-moi les faits, et les dates

Les dates comptent plus que les mots : si vous avez une convocation, une notification ou une audience, donnez-moi la date avant tout le reste.

Et si c'est maintenant

06 63 80 23 24

Urgence 24h/24 et 7j/7, Paris et Île-de-France

ou appeler

Le bouton ouvre votre messagerie avec la demande déjà rédigée : vous la relisez et vous l'envoyez. Rien n'est enregistré sur ce site.

Urgence 24h/2406 63 80 23 24Appeler